Comme il est défini clairement dans le hadith rapporté par Sayyidina `Oumar
au sujet de la rencontre de l’ange Gabriel avec le Prophète[7],
appartenir à Ahl al-Sunna wa Jama`a
ne se limite pas seulement aux règles de la foi. Cela entraîne l’adoption de
principes qui conduisent à l’état d’ihsan
ou la perfection de la croyance et de la pratique. Partant de là, le Groupe
Sauvé suit l’une des nombreuses écoles de soulouk
(éthiques personnelles) en conformité avec les principes de la Chari`a et
le `aza'im (les strictes
applications) de la Sunna, ou les modes de conduite reflètent la complète détermination de plaire à son Créateur selon le modèle du Prophète. Ces écoles
sont collectivement connues comme la science du tassawwouf ou la
purification du soi.
Au cours du premier siècle de
l’Hégire, la renonciation à ce bas-monde (zouhd)
se développa comme une réaction à la vie mondaine de la société. Cette réaction
prit ses racines dans l’ordre d’Allah à Son Vertueux Apôtre de purifier
l’humanité: «Un Messager … pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le
Livre et la Sagesse, et les purifier» (2:129); «Nous avons envoyé parmi vous un
Messager de chez-vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne
le Livre et la Sagesse » (2:151); «Allah a certainement fait une faveur aux
croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un Messager qui venait d`eux, qui leur
récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse»
(3:164); «Purifie-les, bénis-les, et prie pour eux. Certainement ta prière est
une quiétude pour eux.» (9:103); «C’est Lui qui a envoyé… un Messager sorti
d’eux qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la
Sagesse» (62:2).
Les adeptes de cette voie
s’attachèrent fermement au mode de vie
Prophétique comme cela fut réflété dans la vie de ses compagnons et de
leurs successeurs, dans les voies qu’ils employèrent pour purifier leur cœurs
et leur caractère des mœurs blâmables et de s’inculquer, ainsi qu’à ceux qui
furent autour d’eux, les mœurs et la stature morale de la meilleure créature de toute l’humanité, le
Prophète Mouhammad, la paix et la bénédiction de Dieu sur lui. Les exemples de
ces hommes-école de purification sont ceux cités par Abou Nou`aym et d’autres
comme «Les Huit Ascétiques»: Amir ibn `Abd Qays, Abou Mouslim al-Khawlani,
Ouways al-Qarani, al-Rabi’ Ibn Khouthaym, al-Aswad ibn Yazid, Masrouq, Soufyan
al-Thawri, Hassan al-Basri, parmi tant d’autres.
Le pouvoir de tels saints et leurs bénéfices furent attestés par le Prophète lui-même, comme
cela est témoigné par les nombreux hadiths rapportés au sujet d’Ouways
al-Qarani. L’Imam Ahmad en cite dans
son livre al-Zouhd. Dans le récit
suivant, le Prophète ordonne aux gens, de solliciter auprès d’Ouways s’ils le
rencontrent, le pardon (d’Allah), et déclare que l’intercession d’Ouways fera
entrer un nombre important de gens au Paradis:
Le Prophète dit: «Ouways ibn `Amir poindra sur vous avec l’assistance des
gens du Yémen de la tribu de Mourad et Qaran. Il était lépreux et fut guéri,
sauf une toute petite partie de son corps. Il a une mère dont il respecte
scrupuleusement les droits. S’il fait un vœu à Allah, Allah l’accomplira. Si vous pouvez lui demander intercession pour
votre pardon, faite-le.
Plus de personnes entreront au Paradis, à cause de l’intercession d’un certain homme de ma communauté, qu’il y a de personnes dans les tribus de Rabi' et Moudar, Al-Hassan al-Basri dit:
«Cest Ouways al-Qarani.»[8]
A travers une graduelle
évolution et comme une réaction contre
l’emprise grandissante de l’appétit de la vie d’ici-bas, les Musulmans se
ruèrent vers ces saints et leurs disciples jusqu’à ce que leur régiment
s’acheva en école de pensée pratique et d’action morale dotée de sa prope
structure de règles et de principes. Ceci devint la base utilisée par les
maîtres Soufis pour guider les gens sur le droit chemin. En conséquence, le
monde fut témoin du développement d’une variété d’écoles de purification de
l’égo (tazkiyat an-nafs). La pensée
Soufie, comme elle se répendit partout, servit de force dynamique dans la
croissance et l’établissement de l’éducation Islamique. Cette spectaculaire
avancée s’étendit à partir du premier siècle de l’Hégire, en parallèle avec les
développements suivants:
·
Le développement des bases du fiqh (Loi et Jurisprudence), à travers les
Quatre Imams;
·
Le développement des bases de l’aqida (doctrine) à travers al-Ach`ari et
autres;
·
Le développement de la science du hadith (Les dires du Prophète), qui
déboucha en six authentiques collections et d’innombrables autres;
Tariqa ou
«chemin» est un terme dérivé du verset Coranique suivant:
«Et s’ils se maintiennent dans la bonne voie (tariqa), Nous les aurions
abreuvés, certes d’une eau limpide (ou abondante)» (72:16 ).
Le sens de «voie» mentionné dans le verset ci-dessus est expliqué par le
hadith du Prophète relaté par Boukhari et Mouslim, ordonnant aux musulmans de
suivre sa Sunna et la Sunna de ses
successeurs. Comme le mot tariqa dans le verset ci-haut mentionné, le sens de
Sunna dans le hadith est «chemin» et «voie». Ainsi, tariqa devint un terme appliqué
aux groupes de gens appartenant à
l’école de pensée exercée par un maître ou “cheick”.
Quoique ces cheicks
appliquèrent différentes méthodes dans l’enseignement à leurs disciples, le
noyau de chaque discipline était identique. La situation n’était pas différente
de ce que nous avons aujourd’hui dans les facultés de médecine ou de droit.
L’approche des différentes facultés peut varier, mais le corps en droit, l’état
d’art en médecine, reste essentiellement le même en tout lieu. Les étudiants
diplômés de ces facultés portent chacun la marque de leur branche. Néanmoins,
aucun n’est considéré inférieur à l’autre parce qu’il est le produit d’une
faculté ou d’une autre; l’avocat n’est pas considéré supérieur au docteur ni le docteur à l’avocat.
Similairement, le
disciple d’un cheick portera le cachet de son enseignement. En
conséquence, les noms donnés aux différentes écoles Soufies diffèrent selon le
nom et les perspectives de leurs fondateurs. Cette variation se manisfeste
d’une façon plus concrète dans la
méthode de dévotions surérrogatoires connue sous l’appellation de awrad,
ahzab ou adhkar, utilisée comme la méthodologie pratique de la formation
spirituelle. Ces différences cependant
n’affectent pas les principes religieux. Dans les principes de base, les écoles
Soufies sont essentiellement les mêmes, puisque basées sur l’essence de la religion, qui est uniforme.
Le groupe Soufi sous lequel
chaque individue entreprit le chemin
vers Allah était un itinéraire finement aiguisé qui établit les disciplines du
progrès externe et interne dans la foi et la pratique religieuse. Suivant la
pratique des Compagnons du Prophète qui fréquentaient régulièrement le groupe
nommé Ahl al-Soufa («Les Gens du
Banc»), les pratiquants de ce groupe
menèrent une vie communautaire . Leurs habitations étaient les mosquées-écoles (zawiya), les forts frontaliers (ribat), et des maison-hôtes (khaniqa) où ils se réunissaient
régulièrement lors d’occasions dédiées
aux fêtes traditionnelles du calendrier musulman (‘id).
Ces structures avaient des
institutions éducationelles ; par exemple les deux forts frontaliers (ribat) fondés par le savant Soufi `Abd
Allah Ibn al-Moubarak en Merv, qui fonctionna pendant longtemps, et le Khaniqa baybarsiya du Caire. Cette école Soufie eu le grand savant de hadiths,
Ibn Hajar al-Asqalani comme recteur et maître de conférence pendant les
quarante dernières années de sa vie. Il
assuma en même temps la fonction de juge principal en Syrie et en
l’Egypte.
Les Soufis se réunissèrent
également en associations informelles appelées souhba autour du cheick pour acquérir la connaissance, et en
assemblée pour invoquer les noms d’Allah et
réciter les adhkar (pluriel de
dhikr, «le souvenir de Dieu») hérité
de la Tradition Prophétique. Encore, une autre raison de leur regroupement
était d’écouter les prêches inspirées et les exortations morales (wi’az). Les cheicks Soufis enseignèrent
à leurs disciples à répondre activement à l’appel d’Allah et de Son Messager,
de purifier leur cœur et leur âme de tous bas désirs incités par l’égo, de
corriger toutes les croyances éronnées et de parfaire leur croyance en
l’unicité d’Allah. On enseignait aux disciples à être honnête, loyal, digne de
foi, patient dans la crainte d’Allah, à aimer son prochain, à dépendre que
d’Allah et de s’en remettre à Lui tout au long de leur vie, et les autres
moralités enseignées par l’Islam. Tout ceci fut accompli en s’attachant à la
Sunna Prophétique. Les méthodes de souvenir d’Allah qu’ils inculquaient à leurs
disciples furent les mêmes méthodes enseignées par le Prophète. De cette
manière, ils propagèrent le caractère exemplaire du Prophète (saw) en paroles
et en actions, pendant qu’ils encouragèrent les croyants à se consacrer à Allah
de tout cœur. Le but de leur effort ne fut rien d’autre que d’obtenir la
satisfaction d’Allah et de leur inspirer l’amour pour Son Prophète. En d’autres
termes, ce qu’ils visaient était un état où Allah serait content d’eux comme
ils l’étaient avec Lui.
Ces cheicks, par conséquent, furent des flambeaux qui dissipèrent
les ténèbres de la voie du croyant aussi bien qu’ils illuminèrent les voies sur
lesquelles la Umma pourrait bâtir la fondation d’une société idéale. Cet idéal
était l’esprit de sacrifice et de dévouement qui caractérisait tous leurs
efforts. Ces valeurs, imprégnaient l’entière fabrique sociale de l’Islam. Les
couvents ou maisons-hôte (khaniqa),
étaient établis dans le voisinage des pauvres offrant gratuitement de la
nourriture et l’hospitalité. Ce fut
aussi un lieu et un moyen de communion entre le pauvre et le riche, entre le
blanc et le noir, entre l’arabe et non-arabe conformément aux dires du
Prophète: “Il n’y a pas de différence entre un arabe et un non-arabe sauf dans
les vertus.” Ces couvents furent des lieux de rencontres de toutes les races et
de toutes les nationalités et des remèdes pour plusieurs maux sociaux.
En conséquence à de tels
enseignements et formation, les disciples des cheicks Soufis, sortis de ces
écoles, étaient pleinement capables de supporter les fardeaux et les torts de
leurs contemporains dans leur effort à illuminer le chemin de la Vérité. En
outre, à travers leur formation et auto-discipline, ils avaient développé le
manifeste et la très ferme volonté de faire. Ces véritables et sincères savants
et maîtres de tariqa ne laissèrent
aucune pierre sans être tournée dans la conduite de leur jihad, un mot qui signifie à la fois la lutte physique contre les
non-croyants et la lutte spirituelle contre les attraits invisibles qui piègent
l’âme
Il n’est pas rare d’entendre
de ceux qui s’opposent au tassawwouf qu’ils
rejètent tout ce qui ne figure pas dans le Coran et dans la Sunna». Avancer une
telle affirmation est faire preuve de manque d’esprit critique. Prenons par
exemple les Sciences Islamiques, notamment la science du hadith. Le sens du mot
«Hadith» dans le dictionnaire est défini comme «opposé à l’ancien (qadim), nouvelle (jadid) ou alternativement, quelque chose parlée.» Le sens commun qui lui est attribué est «la Tradition du
Prophète» ou «la science des Traditions du Prophète.» Lorsque le mot «hadith»
est mentionné, les savants savent qu’il sagit de «nouvelles.» Mais le sens
attribué à ce mot après la période du Prophète est tout ce que le Prophète a
dit et fait. Cependant, de son vivant, le
mot «hadith» était rarement utilisé comme il l’est aujourd’hui. Il prit
ce sens seulement lorsqu’il devint un terme technique pour décrire les dires,
les actions, du temps du Prophète (saw).
Dans Boukhari et Mouslim, le
Prophète (saw) dit: «Le meilleur siècle est mon siècle et celui qui le suit» et
dans un autre hadith il dit: «le premier siècle et le second et le troisième.»
Après les compagnons furent les Tabi`in et les Tabi Tabi`in. Tous les savants
de l’Islam affirment que la période des Tabi`in fut la fin de l’an 150 de
l’hégire et l’an 220 de l’hégire fut la fin du siècle des Tabi Tabi`in. C’est
deux périodes furent témoins de l’apparution successive de l’Imam Abou Hanifa,
l’Imam Malick, l’Imam Shafi`i, l’Imam Hanbal, fondateurs des quatre écoles
juridiques, et de celle de l’Imam Boukhari, l’Imam Mouslim, l’Imam Abou Dawoud,
l’Imam Abou Issa Tirmidhi, l’Imam An-Nissa`i et de l’Imam Ibn Majah, auteurs
des six livres cannoniques de hadiths.
Ces savants dévelopèrent une
vaste science à un moment où plusieurs non-arabes embrassèrent l’Islam et
mémorisèrent les hadiths; Ils trouvèrent nécessaire d’établir Ilm oul-Hadith ou
la science du hadith, science qui n’existait pas au temps du Prophète (saw), en
vue de préserver les dires, les pratiques, les anecdotes du Messager de Dieu et
de ses compagnons. Cette science dès lors devint partie intégrante à l’Islam.
Du temps du Messager (saw), la propagation et la vérification du hadith étaient
naturelles mais elles n’étaient pas formalisées. Cependant après cette période,
les savants ci-dessus cités développèrent des lois et des méthodes de classification,
d’enregistrement, de transmission et de formalisation des hadiths et y
ajoutèrent des structures formelles et une méthodologie de vérification au
méchanisme naturel de transmission qui incorpore toujours le sanad, chaîne vérifiable d’une
information au sujet des dires du Prophète (saw) ou de ses compagnons.
Ceci amena 35 classifications. De même,
les savants développèrent plusieurs sciences[9]
(`ouloum) mentionnons, la science de
la grammaire, la science de l’explication et de l’éloquence du Coran, la science
de l’Unicité de Dieu, la science de la croyance, la science du Coran, la
science de la jurisprudence, la science des traditions du Prophète (saw), la
science de la vie du Prophète (saw), la science de l’analyse linguistique, la
science de la clarification, la science de l’exégèse du Coran, la science de la
récitation harmonieuse, la science de la récitation fluide, la science de la
purification du Soi connue aussi comme la science de la perfection du caractère
, la science de l’héritage, etc… et plusieurs autres sciences dérivant toutes
du Saint Coran et des Hadiths du Messager (saw) de Dieu. Aucune de ces disciplines ni leur terminologie
n’existaient du temps du Prophète (saw). Pourtant leurs réalités existaient, puisque les Sahaba les
pratiquèrent mieux que tous ceux qui leur succédèrent.
Une question logique surgit à
ce point: Où dans le Coran et dans la Sunna figurent littéralement ces termes?
Ce qui suit logiquement est: D’où vint la permission de développer ces
classifications et terminologies dans la mesure où elles n’existaient pas du
temps du Prophète (saw)? Par conséquent, s’opposer à la science du Tassawwouf
ou la rejeter d’un trait parce qu’elle ne figure ni dans le Coran ni dans la
Sunna contredit l’entendement d’une personne dotée d’intelligence.
Le terme tassawwouf n’était
pas connu au temps du Prophète. Cependant, quoique le terme apparait nouveau,
son essence est une partie et une parcelle de la religion et ne peut pas y être
dissociée.
Une autre raison de la
mauvaise compréhension de la réalité du tassawwouf est que certaines personnes
confondent le vrai tassawwouf avec le pseudo-tassawwouf, ce dernier nie la nécessité de la char’ia et crée ses
propres règles, prétendant avoir une certaine autorité historique , mais plutôt
amorphe et qui n’a de racine dans aucun
précédent. Ils ne sont ni soufi ni moutassawwif
mais moustaswif ou «pseudo-soufi»
ainsi sont-ils défini par le grand maître `Ali al-Houwjiri (d.469?) dans son Kashf al-mahjoub[10].
Les ennemis du tassawwouf brouillent souvent l’information donnée sur les
Soufis et les moustaswifa dans leurs références au tassawwouf en vue de se
débarrasser à la fois des deux.
Un exemple est le cas de
l’aversion poussée de la secte Mou`tazila pour les soufis à un niveau tel
qu’ils refusèrent de reconnaître les karamat
ou miracles des saints, ils ne les considèrent pas comme un signe de vérité. De nos jours, nous trouvons encore des
gens similaires à ces Mou`tazila, qui veulent formuler leur propre définition
de l’Islam, avec ce qui y convient et ce qui n’y convient pas, en faisant un
mélange de vrai et de faux afin qu’ils puissent se débarrasser de l’essence des
enseignements de l’Islam qui exposent le caractère incomplet et les erreurs de
ce qu’ils ont hérité.
L’objectif du tassawwouf est de
purifier le cœur de toute sorte de mauvais désirs et penchants, des impuretés
qui s’y accumulent à cause des péchés et des mauvaises actions internes comme
externes, purifier le «soi» afin
d’orner et de décorer le cœur avec le bon modèle et la bonne manière qu’exigent
le Coran et la Sunna du Prophète (saw). Son but est de créer l’état d’ishan, la
perfection du caractère, qui fut celui du Prophète (saw) et l’état que tous ses
Compagnons qui s’efforcèrent d’atteindre cette perfection.
Pour prendre un exemple, au temps du Prophète (saw), il n’y avait pas la
nécessité d’enseigner ‘ilm al-nahou
(la science de la grammaire) même à un enfant. Dans le berceau de l’Islam,
ayant grandit dans le Hijaz, même un enfant pouvait lire un poème ou un texte
arabe sans avoir recours à aucun signe diacritique (tashkil). Cette connaissance leur était acquise naturellement au
fur et mesure qu’ils grandissaient.
Plus tard, lorsque plusieurs non-arabes commencèrent à embrasser
l’Islam, et que le Coran se lisait incorrectement, il devint nécessaire de
créer de nouvelles disciplines en vue d’assister les nouveaux Musulmans dans la
lecture du Coran. Ainsi la grammaire fut développée et les signes diacritiques
furent établis.
L’état de perfection (ihsan), l’état d’austérité (zouhd), l’état de la peur d’Allah (wara’) et l’état de la méfiance de Dieu (taqwa)
furent naturellement pratiqués par les Compagnons parce qu’ils étaient en compagnie du Prophète (saw) et ces états
furent un résultat direct de cette association. Ce fut la raison pour laquelle
ils furent appelés Compagnons, c’est cette association avec le Prophète (saw)
qui leur permit d’être purifié.
Après les compagnons, plusieurs gens n’eurent pas l’opportunité de rencontrer le Prophète (saw) ni
ses Compagnons mais acceptèrent l’Islam, et parce que plusieurs nouveaux
Musulmans, à cette époque, dévièrent du
vrai chemin de l’Islam, il devint nécessaire d’établir une école avec une
fondation, juste comme `ilm al-nahou fut établi avec ses écoles.
Il fut nécessaire de mettre en place des écoles à travers lesquelles furent
développées les disciplines spirituelles visant les états cités ci-dessus, et
elles furent combinées sous une science principale appelée `ilm al-tassawwouf.
Nous devons savoir que le
tassawwouf n’est pas une chose
nouvelle en Islam ni quelque chose d’inventée. Au contraire, c’est une science
héritée du Prophète (saw) et des Compagnons et ses racines sont dans l’Islam.
Elle n’est pas ce que les ennemis de l’Islam--Les Orientalistes et leurs
disciples--ont relaté. Ils ont innové et attribué plusieurs noms au tassawwouf
afin d’attaquer la science et l’état d’ihsan
que le Prophète (saw) mentionna dans son Saint Hadith. Ils tentèrent
d’appliquer le terme «superstition» (sha‘waza)
à la science de tassawwouf. Il est
bien su de tous que tout terme peut être employé pour nommer une science et
l’on est libre de définir ou d’utiliser tout terme que l’on désire. De même `ilm al-ihsan ne change pas en lui
attribuant un nom différent. Il est profondément espéré que personne ne soit
empêchée d’apprendre cette importante science citée dans le Coran et le hadith,
à cause du préjudice causé au tassawwouf.
Si le terme est problématique à quiconque, qu’il lui attribue un nom
différent, mais qu’il apprenne cette science par tout autre nom qui lui
conviendra.. Le terme tassawwouf qui
est utilisé pour se référer aux voies de la purification du cœur, dénote la
même chose que tazkiyat al-nafs dans
le Coran. Les deux termes ont la même définition comme étant les sciences de
«l’austérité» (zouhd) et celle de la
perfection du caractère (ihsan). Les
termes zouhd et ihsan furent
utilisés au temps du Prophète (saw). Plus tard, ces termes furent définis en
détails et redéfinis sous la direction du Coran et du hadith, comme furent les
autres sciences Islamiques déjà citées.
Il y a quatre racines données au mot tassawwouf. La première dérive du mot
Arabe safa ou safw qui signifie pureté comme du cristal et limpide comme de
l’eau. Le Prophète (saw) compara le monde à une petite eau de pluie sur un
plateau de montagne dont la limpidité (safw)
avait déjà été bue et dont la lie (kadar)
seulement restait[11];
et il appela la Syrie la plus pure des terres d’Allah[12]
après la Mecque et Madina. Ibn al-Athir défini le mot dans son dictionaire
al-Nihaya comme «le meilleur de tout sujet, sa quintessence, et sa partie la
plus pure.»[13]
Une autre racine dérive de Ahl al-Soufa, (les gens du Banc), qui
furent ceux qui vivaient dans la mosquée du Prophète (saw) de son vivant et qui
furent mentionnés dans le Coran au verset suivant:
«(O Mouhammad,) Résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur
Seigneur matin et soir désirant Sa Face; et ne laisse pas tes yeux se détourner
d’eux, voulant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons
rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le
comportement est outrancier.» (.18:.28)
Ce verset insiste sur la
nécessité des croyants à se maintenir
dans un état permanent de dhikr, le Souvenir d’Allah avec la bouche (la
langue), dans l’esprit, et à travers le cœur. Cette racine est parfois comparée
à ahl al-Saff, ou «les Gens du Rang»,
dans le sens de «premier rang», comme le premier rang est béni et les soufis
sont l ‘élite de la communauté.
La troisième de ces racines
est al-souf ou laine, comme ce fut la
coutume des gens pieux de Koufa de s’en revêtir. La quatrième racine
linguistique dérive de souffat al-kaffa
ou éponge molle en référence au soufi dont le cœur est très mou à cause de sa pureté. Ceci est la raison
pour laquelle le Prophète (saw) montra toujours sa préoccupation pour ses
Compagnons, en vue de purifier leurs cœurs et de leur montrer que le progrès du
«soi» est basé sur un cœur débarrassé de toutes les imperfections internes et
externes.
Le cœur est le siège de la sincérité en une personne sans lequel aucune de
ses actions ne sont acceptées. Le Prophète (saw) dit dans Boukhari: «Sûrement
il y a dans le corps un petit morceau de chair; s’il est en bon état le corps entier est en bon état, et s’il est
corrompu le corps entier est corrompu et c’est le cœur»; et il dit dans deux
autres hadiths rapportés par Mouslim: «Sûrement Allah ne regarde pas vos corps
ni vos faces, mais Il régarde vos cœurs» et «N’entrera au paradis quiconque a même un atome
d’orgueil en son cœur.» Plusieurs autres hadiths citent explicitement la
primauté du cœur:
·
Abou Hourayra rapporte: «Je dis: O Messager
d’Allah! Qui sera le premier à
bénéficier de ton intercession au jour de la résurrection?» Le Messager d’Allah
dit: «O Abou Hourayra! Je savais que personne ne pouvait me demander cette
question avant toi à cause de ton grand désir pour la connaissance de hadiths.
Le premier à bénéficier de mon intercession
au jour de la résurrection est celui qui dit «Il n’y a de Dieu qu’Allah»
purement et sincèrement de son cœur (qalb)
ou de son âme (nafs).»[14]
Ibn Hajar dit dans son commentaire sur Boukhari:
Le Prophète (saw) mentionna le cœur pour
insister, comme Allah dit à propos du pécheur: «Certes, il a un cœur
pécheur» (2:283)… «Le Premier» fait allusion à leur différent ordre d’entrée au
paradis comme distinct dans leur rang de sincérité, cette dernière qualité
étant mise en valeur par son dire «de son cœur» quoiqu’il soit clair que le
siège de la sincérité est le cœur. Cependant, l’attribution de l’action à cet
organe est plus accentuée.[15]
·
L’un des Compagnons nommé Wabissa rapporte que les
gens avaient l’habitude de demander au Prophète (saw)des questions au sujet des
bonnes choses, mais lui se résolu de lui demander qu’au sujet de mauvaises
choses. Lorsqu’il vint au Messager de Dieu, celui-ci le tapota sur la poitrine
avec ses doigts et dit par trois fois: «O Wabissa, la peur d’Allah est là.»
Ensuite il dit: «Demande la réponse à ton coeur, peu importe celle des autres.
»[16]
·
De la part d’Oumar: Le Prophète (saw) dit: «Toute
chose a une cire, et la cire du cœur est dhikr
Allah. Rien ne sauve une personne de la punition plus que le dhikr Allah.» Ils dirent: «Même pas le
jihad pour l’amour d’Allah?» Il dit: «Non, même si vous combattez jusqu’à ce
que vos sabres se brisent.»[17]
·
Ibn `Oumar rapporte: J’étais assis avec le
Prophète (saw) lorsque Hamala ibn Zayd al-Ansari de la tribu des Banou Haritha
vint à lui. Il s’assit en face du Messager d’Allah (saw) et dit: «O Messager
d’Allah, la croyance est là» – et il montra sa langue du doigt – «et
l’hypocrisie est là» -- et il montra son coeur du doigt – «et je ne fais pas
assez de dhikr Allah à l’exception d’un petit nombre.» Le Messager d’Allah
demeura silencieux. Hamala répèta ses mots au cours desquels le Prophète(saw)
saisi sa langue par son extrémité et dit: «O Allah, donne lui une langue
véridique et un cœur reconnaissant, et fait qu’il m’aime et aime tous ceux qui
m’aiment, et dirige ses affaires vers le succès.» Hamala dit: «O Messager
d’Allah, j’ai deux frères qui sont hypocrites; j’étais juste avec eux. Ne
dois-je pas les conduire à toi (afin que tu pries pour eux)?» Le Prophète (saw)
dit: «(oui), quiconque vient à nous de la manière dont tu es venu, nous
demanderons le pardon pour eux comme nous avons demandé le pardon pour toi; et
quiconque maintien cette voie, Allah devient son protecteur.»[18]
·
De Ibn `Oumar aussi: le Prophète (saw) dit: «Ne
parlez pas beaucoup, faites le dhikr Allah; parler beaucoup sans faire le dhikr
Allah endurci le cœur, et personne n’est plus éloigné d’Allah que celui qui a
un cœur dur.»[19]
Nous voyons que le
Prophète(saw) liait toute chose à la condition du cœur. Lorsque nous éliminons
nos mauvais caractères et que nous endossons les bonnes manières, nous aurons
un cœur parfait et sain; Ceci est la raison pour laquelle Allah mentionne dans le Coran: «Le jour où ni les
biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah
avec un cœur saint.» (26:88-89). Et Allah mentionne les cœurs de Ses vrais
savants (`oulama) lorqu’Il dit: «Il consiste plutôt en des versets évidents,
(préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. Et seul les
injustes renient nos versets.»
Quelles sont les maladies du
cœur? L’Imam Souyouti dit dans son livre sur la tariqa Chadhili: «La science
des cœurs, la connaissance de ses maladies comme la jalousie, l’arrogance et la vanité, est une obligation pour
tout Musulman de s’en débarrasser.»[20] Les exégètes disent que la jalousie (hassad), l’ostentation (al-riya’), l’hypocrisie (al-nifaq) et la haine (al-hiqd) sont les caractères les plus
communs auquels Allah fait référence lorsqu’Il dit: «Dis: Mon Seigneur m’a
interdit les turpitudes tant apparentes que secrètes» (7:33). Allah mentionnant
«tant apparent que secret» est l’évidence de la nécessité pour toute personne
de ne pas seulement corriger et parfaire les actions extérieures, mais de
purifier celles qui sont cachées en son cœur et qui sont seulement connues de
son Seigneur.
Le tassawwouf est la science et
la connaissance par laquelle on apprend à
purifier le moi des mauvais désirs de l’égo, comme la jalousie, la
tricherie, l’ostentation, l’amour des éloges, la vanité, l’arrogance, la
colère, l’avidité, la radinerie, le respect du riche au dépend du pauvre, tout
comme on doit purifier son aspect externe. La science de tassawwouf enseigne la
purification selon le Saint Coran et la Sunna du Prophète (saw) et enseigne à
se vêtir des attributs parfaits (al-sifat
oul-kamila) dont la repentance (tawba),
la peur de Dieu (taqwa), se maintenir
dans le droit chemin (istiqama), la
franchise (sidq), la sincérité (ikhlas), l’abstentation (zouhd), la grande piété (wara’), se remettre à Allah (tawakkul), accepter le Destin (rida), s’abandonner à Allah (taslim), les bonnes manières (adab), l’amour (mahabba), le souvenir (dhikr),
la méditation (mouraqaba), et
plusieurs autres qualités trop nombreuses pour être énumérées ici.
Tout comme la science du hadith a des douzaines de classifications, de même la science de tassawwouf a plusieurs classifications à savoir, les bonnes caractéristiques (akhlaq hassana) que le croyant doit obligatoirement développer, et les mauvaises (akhlaq dhamina) qu’il doit obligatoirement éliminer, en vue d’atteindre l’état d’ihsan. Les bénéfices et les buts de la science de tassawwouf rendent manifestes en nous le coeur de l’Islam, sa précieuse essence et sa force. En effet, l’Islam n’est pas seulement une pratique externe, mais il a aussi une vie interne. Ceci est la raison pour laquelle Allah dit: «Evitez le péché apparent ou caché» (6:120) et «Il y a parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah» (33:23). Ceci signifie que tous les croyants ne sont pas inclus dans ce groupe sélectionné de «ceux qui ont tenu leur engagement envers Allah.» En d’autres termes l’on peut être croyant, mais ne pas être parmi ceux qui ont tenu leur engagement à moins que l’on est atteint l’état de la purification de soi, l’état d’ihsan, la perfection du caractère, que le Saint Prophète (saw) mentionna dans le Saint Hadith. Et ceci, comme nous l’avons maintenant rendu clair, est ce qui fut connu plus tard comme étant la science du tassawwouf.